Nutri-Score, le logo qui prend soin de votre panier de courses ?

Gestion et administration des entreprises
ChercheurDoctorantÉtudiantGrand public
Pôle ressources
24/04/2017

Au rayon frais ou surgelés, en tête de gondole de l’épicerie aux mille marques de biscuits, vous l’avez peut-être déjà aperçu. Tel un sceau implacable apposé sur nos produits alimentaires courants, il se fait guide de nos apports nutritionnels par un dégradé de couleurs rutilantes rappelant celui des feux de circulation. Au vert on fait passer fruits, légumes et autres bienfaiteurs de notre santé ; à l’orange on freine au risque de taper dans le «trop gras-trop sucré-trop salé» ; au rouge enfin, on retient son geste devant la note pénalisante attribuée aux denrées hyper transformées, pourtant bel et bien présentes sous nos yeux si tentés. Selon leur valeur nutritive, les aliments se voient, pour la plupart, désormais codifiés par un abécédaire de performance qualitative où «A» est ou-verte-ment préconisé et «E» sous-entendu comme «à éviter».

Depuis début avril, le logo Nutri-Score investit les vastes surfaces de nos supermarchés, à la conquête des emballages, arguant déchiffrer et/ou compléter sous forme d’infographie l’information indigeste du fameux tableau glucido-protéino-lipido calorique du verso.

Initié par le Ministère de la santé pour lutter contre nos mauvaises pratiques alimentaires et prévenir les maladies telles que l’obésité, ce nouvel étiquetage nutritionnel a vocation à améliorer le contenu de notre caddie. C’est en tout cas le message porté par les chercheurs et nutritionnistes à l’origine de sa recommandation et de sa mise en oeuvre. D’après les études réalisées en amont auprès d’un large panel de consommateurs, cette vignette aurait ainsi, à court terme, des incidences positives sur nos comportements d’achat, avec une prise de conscience de leur impact sur notre santé.

Telle mise en application suscite forcément des polémiques et ce dès l’annonce du projet. Les arguments ne manquent pas chez les éternels détracteurs de l’agrobusiness. Paradoxe d’abord : pourquoi continuer de produire et de vendre de la malbouffe si c’est pour ensuite inciter à l’éviter ? La question de la prescription abusive est par ailleurs soulevée. On reproche une certaine ingérence de l’Etat qui imposerait un modèle alimentaire orienté favorable à l’industrie agro-alimentaire. D’où les soupçons de pratiques déviantes : certains produits seraient favorisés pour leur vente quand bien même ils ne répondent pas aux critères de qualité nutritionnelle exigés. Enfin, on parle d’inégalité socio-économique : l’opération serait avantageuse pour les ménages aisés qui peuvent se permettre d’acheter les meilleurs produits - souvent plus chers - quand les plus démunis n’ont pas d’autre alternative que de se contenter des denrées dotées d’une vignette rouge ou orange, au prix souvent plus abordable.

À peine appliqué, Nutri-Score divise déjà. D’un côté ceux qui refusent qu’on leur dicte leur manière de consommer et de s’alimenter ; de l’autre, ceux qui estiment avoir besoin de ce coup de pouce pour se repérer dans les étiquettes illisibles. Dans les deux cas, un paramètre est à prendre en compte : nous sommes tous inégaux en matière de connaissance nutritionnelle et donc plus ou moins autonomes quant au choix du meilleur produit jugé bon pour la santé. En somme, c’est à chacun d’accorder à ce système l’importance qu’il souhaite, selon son besoin ou son intérêt, tout simplement.

Les couleurs et les lettres feront-elles bon score ? Il sera difficile de mesurer l’envergure de ce nouvel étiquetage… facultatif ! Sans aucune réglementation européenne à la clé, les industriels ont donc le choix : participer ou la jouer perso, avec leur propre logo.

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