Université de printemps - Entreprises et démocraties : à la croisée des chemins

08h -17h
Lieu : LILLIAD Learning center Innovation

Démocratiser l'entreprise pour sauver la démocratie et la planète

Pour son lancement officiel, la Chaire 3D&C organise une Université de printemps, « Entreprises et Démocratie ». Durant deux jours chercheur·ses et acteur·rice·s de la société civile débattent ensemble de l’avenir de notre système productif sur en partant d’un constat : celui d’un changement d’ère. La phase néolibérale se clôt, dans le chaos, et deux voies s’ouvrent à nos sociétés : la clôture nationaliste-autoritaire illibérale ou le rebond démocratique autour de valeurs sociales et écologiques partagées.  Ce rebond concerne, aussi, nos manières de déterminer l’objet et le processus de production. 

La dynamique de cette Université trouve sa source dans l’extraordinaire espoir qu’ouvre – au moment où la démocratie semble attaquée de toute part – le rapport du Comité international d’expert·es de haut niveau sur la démocratie au travail. Ce rapport a été diligenté par la Vice-Première Ministre et Ministre du Travail du Gouvernement espagnol – Madame Yolanda Díaz  et réalisé  avec le soutien de la chaire 3D&C (ULille, Clersé)  sous la direction de la professeure Isabelle Ferreras (FNRS, UCLouvain, Harvard).

Cette chaire « Démocratiser, Démarchandiser, Dépolluer : de l’entreprise néolibérale au mouvement des Communs » est une chaire internationale de l’Université de Lille, labellisée dans le cadre du programme WILL. Reliant ULille et l’UCLouvain, elle est co-portée par Isabelle Ferreras (UCLouvain) et Pierre Robert (Ulille, CLERSE).

Ce rapport – qui interpelle autant en France et en Europe qu’en Espagne – ouvre une brèche. Il permet d’élargir à 360 degrés nos interrogations collectives: y a-t-il un lien entre l’effondrement démocratique et notre vie au travail ? De quelle gouvernance avons-nous besoin pour affronter la nécessaire mutation de nos économies dans une perspective post-croissance ? Les organisations productives ne sont-elles pas pleinement parties prenantes de la démocratie, en interne comme en externe ? La vitalité de nos démocraties, leur capacité à délibérer, à se renforcer autour d’un projet commun, à mettre notre efficacité au service d’une cause commune ne supposent-elles pas de poser la question de la démocratie au travail et de l’entreprise dans la démocratie ?

Nous prenons ainsi l’initiative d’une Université de printemps, convaincu·es qu’un sursaut de réflexion s’impose et que la discussion doit pleinement intégrer le travail, les entreprises, et leurs relations avec la pratique démocratique. Il s’agit non seulement d’élaborer un diagnostic partagé – notamment sur les liens entre la polycrise actuelle et la crise de la participation au travail — mais aussi de débattre et coconstruire des propositions.

La réflexion économique en Europe – revivifiée sur l’enjeu de la compétitivité du continent par les rapports Draghi et Letta – est en effet incomplète. Elle reste dissociée de cet enjeu démocratique, distante de celui des limites planétaires, et erronée sur l’enjeu de la régulation. Une nouvelle ambition est nécessaire alors que le monde du travail est en crise de sens, que la précarité des travailleurs s’accentue, que le cap européen de transition écologique s’effrite, et que les systèmes d’intelligence artificielle accélèrent tant la concentration du pouvoir que le rythme des basculements.  Le rapport du Comité international d’expert.es de haut niveau sur la démocratie au travail contient des recommandations politiques pragmatiques valables pour nos États européens, et une synthèse des débats politiques et académiques sur ces enjeux qui nourriront le travail durant nos deux journées.

Le réencastrement de l’économie dans la société et dans la biosphère est une question de survie du projet européen démocratique et de résilience écologique, et nous sommes convaincu·es qu’un des aspects clés de ce ré-encastrement se joue dans et autour de l’Entreprise, espace et actrice démocratique.

C’est donc un chantier qui s’ouvre, dans le sillage de la percée réalisée par le gouvernement espagnol, et auquel nous invitons tou·tes les chercheur·ses et acteur·rices intéressé·es à se joindre dans une perspective de réflexion politique, éthique et intellectuelle. Organisée à l’occasion du lancement de la Chaire, cette Université de printemps sera un moment qui vise à recevoir de manière critique le rapport qui concerne tous nos États européens. Le programme inclura des tables rondes et des ateliers thématiques qui poursuivront la réflexion proposée dans ce rapport, et en discuteront le diagnostic et les propositions dans le contexte français et européen.

L’Université de printemps est organisée dans le cadre du lancement de la chaire 3D&C – en association avec l’institut Veblen, les ateliers Travail et Démocratie, l’agora DODES et avec le concours d’Alternatives économiques. Elle se situe dans la lignée du manifeste Democratizing Work. Elle rassemblera la communauté académique ainsi que des élu·es, représentantes et représentants syndicaux et patronaux, fondations et think tanks qui, ensemble, (re)pensent le monde du travail et de l’entreprise et leur lien avec la démocratie.

PROGRAMME

8h00 Ouverture des portes et café

8h45 Plénière « Démocratiser nos lieux de travail, une stratégie de lutte efficace contre l’extrême droite ? » Expériences de terrain 

  • Guillaume Griveau secrétaire général, CGT FAPT de l’Hérault : grand témoin, expérience de terrain à Béziers
  • Julien Talpin directeur de recherche en science politique, ULille – Ceraps – Programme DEMOCIS

9h45 et 11h30 : Deux séries de trois ateliers en parallèle

La matinée du vendredi sera consacrée à des ateliers autour de trois grands axes de discussion qui recoupent le contenu du Rapport sur la démocratie au travail commandé par le Gouvernement espagnol. Les treize expert·es du Comité international ont en effet ébauché une trajectoire de démocratisation des économies espagnole et européenne. Leurs propositions sont à affiner, à compléter, à adapter aux contextes nationaux. En France, ces enjeux occupent une large communauté depuis longtemps et nous souhaitons mettre les propositions du Rapport au test d’une intelligence collective large et équipée d’apports et expériences théoriques et empiriques afin d’accélérer la prise en charge de ces enjeux en France. 

Nous vous invitons donc pour cette matinée à un processus de délibération collective pour approfondir les conditions d’une perspective pertinente pour la France dans son contexte européen. Chaque atelier rassemblera trois à quatre intervenant·es académiques et un·e grand·e témoin non-académique. 

  Axe A : Gouverner et organiser l’entreprise en France en 2026 Axe B : Gouverner une trajectoire de démocratisation de l’économie française Axe C : Piloter une trajectoire : instruments de pilotage et leviers européens

Session 1 

(9h45 – 11h00) 

Sandrine Blanc (gestion, INSEEC)

Olivier Favereau (économie, Paris-Nanterre)

Bertrand Valiorgue (gestion, emlyon)

Grande témoin : Laurène Collard (directrice Influence et prospective du CJD)

Présidence : Corentin Gombert (gestion, Agora D.O.D.E.S)

Michel Capron (économie, Paris-Est Créteil)

Jean-Pierre Chanteau (économie, UGA / SciencesPo Grenoble)

Julien Pharo (économie, SciencesPo Toulouse / ULille)

Grand témoin : Alain Schnapper (Vice-Président de la Communauté des Entreprises à Mission)

Présidence : Richard Sobel (économie, ULille / Chaire 3D&C)

Thibault Crismer (sociologie, Paris-Dauphine / UCLouvain)

Florence Jany-Catrice (économie, Rouen Normandie)

Alexandre Rambaud (gestion, AgroParisTech / Paris Dauphine-PSL)

Grande témoin : Sandrine Delory (vice-présidente du Réseau Alliances)

Présidence : Nicolas Postel (économie, ULille / Chaire 3D&C)

11h00 - Pause café

Session 2 

(11h30 – 13h00)

Alexis Cukier (philosophie, UPoitiers / IUF)

Riyad Manseri (économie, CEET)

Camille Ternier (philosophie, ENS-PSL)    

Grand témoin : Ghislain De Muynck (DG de La Fabrique de l’Emploi)

Présidence : Mathilde Guergoat-Larivière (économie, ULille/Clersé)

Thomas Lamarche (économie, Paris Cité)     

Kevin Levillain (gestion, CGS MINES ParisTech)

Magali Savès (économie, ULille / Chaire 3D&C)

Corinne Vercher (gestion, Sorbonne Paris Nord)

Grand témoin : Frantz Gault (administrateur nature)

Présidence : Pierre Robert (économie, ULille/Chaire 3D&C)

Isabelle Daugareilh (droit, CNRS / Bordeaux)

Antoine Rebérioux (économie, Paris Cité)

Gaëtan Vanloqueren (ULiège / Chaire 3D&C) 

Grande témoin : Sara Lafuente (ETUI / membre du comité experts du rapport ‘Deux promesses’) – à confirmer

Présidence : Mathilde Dupré (Institut Veblen)
 

13h00 : Pause déjeuner

14h30 Table ronde sociale et politique « Vers une loi française garantissant la participation effective de ceux qui travaillent dans les décisions et dans la propriété ? »

  • Marine Tondelier secrétaire nationale, Europe Ecologie Les Verts
  • Caroline Neyron directrice générale, Mouvement Impact France
  • Benoît Hamon président ESS France – CEO, Singa
  • Caroline Maerte-Libeer co-directrice générale, Convention des Entreprises pour le Climat (CEC)
  • Perrine Mohr secrétaire générale, CFDT Hauts-de-France
  • Chloé Ridel députée européenne, Parti Socialiste (PS)
  • MEDEF – à préciser
  • Animation : Marc Chevallier rédacteur en chef, Alternatives économiques 

Inscriptions

Événement gratuit pour les personnels et étudiants de l’Université de Lille.

Présentation des axes de travail des ateliers du vendredi

Axe A : Gouverner et organiser l’entreprise en France en 2026

Le premier axe cible la gouvernance de l’entreprise. Le rapport propose de créer des seuils minima de participation, inspirés des meilleures pratiques européennes (Suède et Allemagne) sur les axes Voix et Propriété, càd dans le gouvernement d’entreprise et dans l’accès à la propriété de l’entreprise. Quels seraient les seuils minimaux adaptés à la France ? Quelles sont les autres conditions de réussite pour une gouvernance démocratique des entreprises au-delà de seuils minimaux ? Le Rapport propose un droit de co-décision pour les Comités d’entreprise en matière d’IA et de doter ces derniers de deux experts en matière d’IA et d’impacts sur les limites planétaires. Comment intervenir ? Faut-il légiférer sur les conditions de participation des travailleur·ses au-delà des instances formelles, pour une autonomie et du sens au travail au cœur des processus de production ? 

Axe B : Gouverner une trajectoire de démocratisation de l’économie française 

Le second axe se concentre sur l’enjeu des politiques publiques. La double échelle de participation des personnes qui travaillent dans le gouvernement d’entreprise et dans la propriété des entreprises est sans doute une des propositions les plus originales du rapport. Cette proposition s’est inspirée en particulier des travaux de l’économiste Julien Pharo et du sociologue Thibault Crismer. Nous discuterons de la proposition de fonder une trajectoire publique de démocratisation des entreprises basée sur une échelle de mesure du niveau de développement démocratique des entreprises à laquelle tous les instruments publics disponibles pourraient être attachés sur un mode bonus/malus (politique fiscale, subventions et aides, accès aux marchés publics, etc.) La proposition est-elle adaptée à la France ? Comment affiner le diagnostic sur lequel repose cette proposition, et qui justifie un traitement différencié des entreprises ? Qu’en est-il de la prise en charge des dimensions chères au débat français : les entreprises à mission et celles qui accordent une importance stratégique aux intérêts des générations futures (cfr steward-owned entreprises et nature on board, ‘administrateur nature’) ? Comment s’assurer que la démocratisation vienne en appui du nécessaire tournant écologique ? 

Axe C : Piloter une trajectoire : instruments de pilotage et leviers européens 

Le troisième axe concerne également des enjeux publics, et se tourne vers les leviers européens et vers les instruments de redevabilité des entreprises. Au niveau de l’Union Européenne, relayant les propositions faites au niveau national, le Rapport avance sept instruments publics permettant de fonder une ‘Boussole européenne de régénération démocratique’ comparable à la ‘Boussole de compétitivité’ guidant les travaux de la Commission européenne depuis février 2025 mais radicalement différente dans la réorientation qu’elle propose. Que penser de ces propositions à l’heure de l’Europe de la “simplification” et de la directive Omnibus ? Enfin, comment organiser une complémentarité nécessaire entre les propositions d’évolution des outils comptables en particulier avec celles visant à mesurer la participation de ceux et celles qui travaillent ?


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